Alexandre MASSIPE

Alexandre MASSIPE
Lecturer in Aesthetics and Art Sciences, University Panthéon-Sorbonne
Born in December 1980 in Hyeres (Var). Lecturer, Massipe received a Ph.D. in Aesthetics and Art Sciences from the University Panthéon-Sorbonne Paris I. The primary focus of his research is the surrealist movement and the philosopher Simone Weil. He is regularly invited to present at conferences and his work has been featured in various publications. Between 2005 and 2007, he served on the faculty of Paris I as a lecturer. In 2009, he worked as a manager of archives and documentation for the town of Clamart (population 51,000) in les Hauts-de-Seine.
(Re) British and French libraries in the face of the crisis
In the context of the economic crisis that we have experienced since the fall of 2008, culture does not appear to be a priority for the British and French leaders. Started before the financial downturn, the phenomenon of precarious situations for employees of cultural institutions and the constant call for private funds have since become the norm, including across libraries. Although France has yet to engage in brutal and massive closedowns as it is now happening in the United Kingdom, important changes regarding the status of workers, directly inspired by American and British liberal models, are progressively altering these institutions. Does this mean that the French model tends to imitate, for budget reasons, the British model? Undoubtedly, yes. Therefore, when it comes to libraries, if the concept of “Big Society” established by David Cameron provokes dramatic consequences in the United Kingdom, France is not insensitive to the concept implied by “Big Society”: doing more with less.
Thus, because of budget cuts within municipal councils, more than 500 libraries will close over the next four years in Great Britain in an attempt to save 400 million euros. According to the Chartered Institute of Public Finance and Accountancy (a professional accountancy body for those working in the public sector) up to 6000 librarian positions will be eliminated by 2015. In fact, 1000 workers have already been laid off between 2009 and 2010. Facing further pressure from local councils, some libraries are trying to raise private funds to rescue their current system, and as budget cuts keep hitting them, libraries allow unskilled volunteers to take the place of professional librarians (as in Barham Park, in the outskirts of London).
Therefore, if the situation of libraries in the UK is extremely problematic, what are the choices made by France? How similar are they to the British model?
Marginal before the recent economic downturn, financing through private funds has been fast developing in France since 2008. Along with the National Library of France (BnF), the Louvre Museum is a pertinent example of this trend. But where the French model most closely follows its British counterpart is in the dismantling of the status of library staff, often placed in precarious situations. As a result, the directors of DDS (Common Documentation for Universities) are no longer necessarily curators who received specialized training. Student employment is growing rapidly in academic and public libraries wishing to extend their opening hours at a lower cost, but providing readers with lower quality services. Can the expertise a licensed and skilled professional provides be equally provided by a student trained on the job? Finally, the introduction of performance contracts in the managerial policy of libraries and the dedicated funds for academic libraries since the enactment of the “LRU” are pushing these institutions to perform. But, it would be necessary to first agree on the meaning of that word.
Therefore, it seems clear that the cultural political actions of both British and French governments are growing more and more similar. If the brutality of the British rigor leading to massive closures of libraries is still unseen in France, we should notice that the liberal spirit increasingly guides policy making in the field of culture. For example, “Books Treasure”, a resource center for children’s literature located in Seine Saint-Denis, closed its doors in December 2010. Originally co-financed by the city of Bobigny and by the General Council of Seine Saint-Denis, it stands as an early victim of the austerity period that we are about to experience.
How does the liberal model find its application in the field of culture for both countries that we are studying? What are forms of resistance organized against the closures and the cuts suffered by British and French libraries? Are there any differences in treatment between the structures depending on the state and those related to local governments? In other words, is the crisis less difficult for the territorial structures as it may be for those of the State, and how would this be particularly relevant in the French case?
Key-words: library; budget cuts; close; privately; job insecurity.

Alexandre MASSIPE
Maître de conférences en Esthétique et Sciences de l’Art, université Panthéon Sorbonne – Paris I
Né en décembre 1980 à Hyères (Var). Maître de conférences et docteur en Esthétique et Sciences de l’Art à l’Université Panthéon-Sorbonne de Paris I, ses travaux portent principalement sur le mouvement surréaliste ainsi que sur la philosophe Simone Weil. Il participe en outre à de nombreux colloques et publications. Entre 2005 et 2007, il a été chargé de cours à Paris I et, en 2009, il a travaillé comme responsable des archives et de la documentation de la ville de Clamart (51 000 habitants) dans le département des Hauts-de-Seine.
(Re) Les bibliothèques britanniques et françaises à l’épreuve de la crise
Dans le contexte de crise économique mondiale que nous connaissons depuis l’automne 2008, la culture n’apparaît pas prioritaire à nos gouvernants, et ce tant au Royaume-Uni qu’en France. Entamés avant la crise économique, le phénomène de précarisation des personnels de la culture ainsi que l’appel aux fonds privés se sont depuis lors très largement généralisés, les bibliothèques n’échappant pas, bien entendu, à cet état de fait. En France, si l’on n’assiste pas à des fermetures massives et brutales comme au Royaume-Uni, les changements, directement inspirés du modèle libéral américain et britannique, se situent davantage au niveau du changement progressif de statut des personnels. Est-ce à dire que le modèle français tend à se rapprocher, dans un souci d’économie, du modèle britannique ? Assurément. Dès lors, si le concept de « Big Society », cher au Premier Ministre britannique, David Cameron, trouve, dans le domaine des bibliothèques, un écho souvent dramatique au Royaume-Uni, la France n’échappe pas à cette idéologie libérale : faire mieux avec beaucoup moins.
Ainsi, et à cause des réductions budgétaires des conseils municipaux, ce sont plus de 500 bibliothèques qui vont fermer leurs portes durant les quatre prochaines années en Grande-Bretagne. Selon le « Chartered Institute of Public Finance and Accountancy », chargé de contrôler les comptes publics, jusqu’à 6000 emplois de bibliothécaires seront supprimés d’ici 2015 (1000 licenciements ont d’ailleurs déjà eu lieu entre 2009 et 2010). Outre les pressions exercées sur les conseils municipaux, certaines bibliothèques tentent de recourir aux fonds privés pour sauver ce qui peut encore l’être et, à mesure des saignées budgétaires, des bénévoles non-qualifiés prennent la place des bibliothécaires de métier (comme à Barham Park, localité de la banlieue de Londres). Dès lors, si la situation des bibliothèques britanniques apparaît extrêmement problématique, quels sont les choix opérés par la France? Sont-ils identiques ou non à ceux du modèle britannique ?
Jusqu’ici marginal, le financement de la culture à travers les fonds privés s’est largement développé en France depuis la crise et le tarissement des budgets comme en témoignent les exemples du musée du Louvre et, dans une moindre mesure, la Bibliothèque nationale de France (BnF). Mais là où le modèle français s’inspire le plus largement du modèle britannique, c’est précisément dans la précarisation et le démantèlement des statuts des personnels des bibliothèques. Ainsi, les postes de directeur de SCD (Service Commun de Documentation des universités) ne sont plus nécessairement occupés par des conservateurs de bibliothèques ayant suivi une formation spécialisée et de haut niveau. En outre, l’emploi étudiant se développe de manière massive, et plus seulement dans les bibliothèques universitaires, mais également dans les bibliothèques municipales qui souhaitent élargir leur amplitude horaire à moindre frais, et ce au détriment de l’aide apportée aux lecteurs : ce qu’un professionnel formé peut apporter aux lecteurs, un étudiant formé sur le tas (quand il l’est !) en est-il réellement capable ? Enfin, l’arrivée des contrats de performance dans la politique managériale des bibliothèques ainsi que la fin des crédits fléchés pour les bibliothèques universitaires depuis la promulgation de la loi LRU poussent les établissements à être performants. Encore faudrait-il s’accorder sur le sens à donner à ce terme.
Dès lors, hâtées par la prégnance de la crise, les convergences entre les politiques culturelles des gouvernements britanniques et français apparaissent désormais de façon claire. Si la brutalité de la rigueur britannique entraîne des fermetures massives de bibliothèques encore inédites en France (même si le centre de ressources sur le livre jeunesse de Seine Saint-Denis, « Livres au trésor », co-financé par le département et la ville de Bobigny, qui a définitivement fermé ses portes en décembre 2010, aura été une des premières victimes de l’austérité budgétaire française), il convient de noter que l’esprit libéral guide de plus en plus largement les politiques françaises conduites à l’endroit de la culture, partant des bibliothèques.
Comment le modèle libéral trouve-t-il son application dans le domaine culturel propre aux deux pays qui nous occupent ? Quelles sont les formes de résistance qui s’organisent contre les fermetures et les coupes budgétaires dont sont victimes les bibliothèques britanniques et françaises ? Existe-t-il des différences de traitement entre les structures dépendant de l’Etat et celles rattachées aux collectivités territoriales ? Autrement dit, la crise apparaît-elle moins difficile pour les structures territoriales que pour celles de l’Etat, constat particulièrement parlant pour le cas français ? Ce sont à toutes ces questions que notre étude tentera de répondre.
Mots-clés : Bibliothèque; coupe budgétaire; fermeture; fonds privés; précarisation.